Enseigner le corse comme on enseigne l’occitan

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L’équipe pédagogique au complet pour assister à une formation rapide sur l’immersion dispensée par les occitans Annie Pla et Jean-François Albert. Photo P.M.S.

«Il ne s’agit pas de faire classe en langue corse mais de vivre l’école en langue corse»

Ce sont les mots spontanés et pleins d’espoir de Patrick Salvatorini, inspecteur académique pour les écoles bilingues. Il était, jeudi, au sein de l’école maternelle de Ghisunaccia pour préparer la rentrée de septembre qui semble s’annoncer sous les meilleurs auspices quant à l’enseignement du corse.

Les classes, de la petite à la grande section, feront partie du grand plan de formation et deviendront immersives. Autrement dit, on y parlera corse tout le temps, ou presque. «Plus exactement l’autorisation a été donnée pour mettre en place un enseignement du corse à hauteur de 80% pour la classe passerelle, la première et la deuxième année et à 70% pour la troisième section» indique Patrick Salvatorini. Le dispositif concernera trois écoles en Corse sur le secteur de Ponte-Novu, les Salines à Ajaccio et Ghisunaccia. «L’objectif premier est celui de pouvoir envoyer des élèves en CP bilingues avec un niveau qui soit cohérent avec les enseignements donnés lorsque l’on rentre en primaire bilingue», ajoute l’inspecteur. A partir de là, même les disciplines dites non linguistiques comme les mathématiques devraient être dispensées en langue corse. C’est donc pour mettre en place et former les enseignants, ou plutôt leur donner quelques axes de travail, que l’inspection académique a sollicité l’aide de deux formateurs, Jean-François Albert et Annie Pla, venus de la région Occitanie.

Ainsi, ils ont pu faire part de leur expérience acquise grâce à Calandreta, un réseau de structures immersives qui existe depuis 1979. «Nous avons 70 écoles, trois collèges et un lycée disséminés sur tout le territoire et 250 enfants en liste d’attente pour intégrer les écoles. C’est une vraie réussite», explique Jean-François Albert. La différence avec la Corse réside dans le fait que leur réseau est privé et sous contrat dit non confessionnel.

Un bilan positif pour l’occitan.

Et le bilan qu’ils dressent sur la situation de leur langue est des plus réjouissants puisqu’ils considèrent que leur école a permis de faire rentrer un peu plus l’occitan dans la société civile. Selon eux, l’immersion est actuellement un moyen efficace pour revitaliser une langue.

«Nous avons des anciens élèves qui ont fondé des associations pour revitaliser la langue et lui donner un aspect économique, explique le formateur, car l’enjeu est bien là. Il faut pouvoir gagner de l’argent en parlant corse, occitan ou basque. C’est l’attrait économique qui fait tout et il ne faut pas avoir peur de le dire. Si nous restons toujours dans le cadre du sacré ou du militantisme, on ne peut pas réussir, il faut aller de l’avant. Mais avant tout cela, il faut apprendre ces langues et je ne vois que les méthodes immersives». Le pari débutera en septembre et il faut espérer qu’il se généralisera à l’ensemble du territoire dans les années à venir pour permettre aux nouvelles générations de s’approprier une langue qu’ils connaissent de moins en moins.

Article de Paul-Mathieu Santucci Paru dans Corse Matin le 30 juin 2018