Langues régionales

Après l’audition au Parlement européen jeudi 1er juin à Bruxelles sur la discrimination linguistique, les représentants d’ELEN (European Language Equality Network), le Breton Tangi Louarn et l’Occitan Alexis Quentin sont intervenus lundi au Conseil économique, social et culturel des Nations Unies au Palais des Nations de Genève, pour évoquer les questions de discrimination des locuteurs de langues régionales en France dans les domaines, de l’éducation, des médias et de la vie publique. « Nous avons rappelé que « selon la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), la France avait une grave lacune concernant la discrimination linguistique », explique Tangi Louarn.

« Deux experts indépendants du Comité, d’Espagne et de Colombie, ont directement interpellé l’importante délégation française sur ces questions, continue le président de Kevre Breizh. L’expert espagnol s’est étonné de la position française selon laquelle la modification constitutionnelle qui fait des langues régionales un patrimoine de la France ne crée aucun droit ni aucune liberté que la constitution garantit. Il s’est interrogé aussi sur la lecture restrictive de droits que fait la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Il a souligné enfin le rapport de l’ECRI qui constate la carence de la France concernant la discrimination linguistique et a demandé l’avis de la délégation française sur la façon de combler cette lacune… ».

Publié le 07 juin 2016 © Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/bretagne/langues-regionales-la-france-interpellee-a-geneve

La délégation française présentera ses réponses mardi 7 juin matin.

Réforme des collèges : ceux qui se battent pour les langues régionales

Le décret et l’arrêté relatifs à l’organisation des enseignements au collège ont été publiés auJournal officiel du 20 mai 2015. Une réforme applicable à la rentrée 2016 qui a vu se mobiliser les défenseurs des langues régionales et le gouvernement revenir en arrière sur certains points. Il y a eu des recours devant le Conseil d’Etat et des actions auprès du ministère de l’Education-Nationale. Où en sommes-nous ?

Le Conseil d’Etat s’est prononcé le 1er juin 2016

Plusieurs recours venants de plusieurs associations ou personnes privées ont été déposés devant le Conseil d’Etat. Ils demandaient l’annulation de cette réforme pour les langues régionales et les langues anciennes. Le premier juin dernier, ce juge administratif suprême s’est prononcé sur ces actions. Il a suivi les conclusions du rapporteur public.  Dans un communiqué, le collectif Los mespresats -au nom duquel avait agi le professeur d’occitan Martial Peyrouny- pense que tout n’est pas négatif dans cette décision. Le Conseil d’Etat confirme que les conventions Etat-Région continuent d’exister et de fixer certaines choses. Dans les académies où elles existent (notamment celles de Toulouse et Bordeaux parmi les plus favorables), ces conventions devraient éviter une rentrée catastrophique pour l’enseignement des langues régionales en septembre 2016. pour les autres…

Photo : Facebook de Martial Peyrouny

Photo : Cécile Hautefeuille Facebook de Martial Peyrouny

Par ailleurs, le même Conseil d’Etat annule (pour un motif de procédure) une partie du décret sur la durée minimum des pauses méridiennes au collège et sur la durée maximale d’enseignement quotidien en sixième. Cette disposition bloquait les enseignements optionnels comme l’occitan en classe de 6ème au prétexte qu’il ne peut pas y avoir plus de 6H d’enseignements quotidiens.

Pour le reste, les recours sont rejetés. Il est vrai que certaines demandes des requérants n’avaient plus lieu d’être car le gouvernement avait assoupli ses positions sur l’enseignement des langues régionales par des arrêtés et des circulaires (dont la dernière en avril 2016). Mais comme le précise le communiqué de Los Mespresats : cela ne règle pas encore certains problèmes. Notamment des disparités de traitement et de moyens entre les langues régionales.

Le 1er juin 2016, la FELCO était aussi au Ministère de l’Education

Philippe Martel Yan Lespoux Marie-Jeanne Verny au Ministère. Photo : site FELCO

Philippe Martel Yan Lespoux Marie-Jeanne Verny au Ministère. Photo : site FELCO

La Federacion dels Ensenhaires de Lenga e de Cultura d’Òc a pour sa part mené un travail de fond de manière empirique sur le terrain. Différents constats et autres études approfondies des textes qu’elle a ensuite été discuter au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. L’interlocuteur c’est Olivier Noblecourt, directeur adjoint du cabinet. Les réunions se sont répétées et un certain climat d’écoute doublé d’un soucis de faire avancer certaines choses semblent prévaloir. La dernière rencontre s’est faite aussi le 1er juin, jour de décision du Conseil d’Etat. Dans son compte rendu d’audience, la FELCO pointe la suppression de l’occitan dans certains établissements et la diminution globale des heures, avec des disparités entre les académies, entre les départements d’une même académie et parfois même entre les établissements d’une même académie et d’un même département ! L’absence de Conseil Académique sur les Langues Régionales à Limoges, Clermont-Ferrand et Grenoble rend très difficile l’enseignement de l’occitan dans ces académies. Ces mêmes académies qui n’ont pas signé de convention avec l’état sur l’enseignement des langues régionales… La diminution du nombre de postes au CAPES occitan (de 15 par an début 2000 à 4-5-6 désormais) a eu aussi des conséquences néfastes.

Olivier Noblecourt a tout de même annoncé plusieurs choses :

  1. Une nouvelle circulaire est à l’étude pour encadrer les langues régionales
  2. Le Ministère propose un rendez-vous de travail avec l’Office Public pour la Langue Occitane et la FELCO après le 4 juillet

La FELCO compte maintenir ces rendez-vous réguliers avec le Ministère pour tenter de régler certaines situations ici et là.

Lo Benaset, p le

 

Politique linguistique dans les Pyrénées-Atlantiques : oui au Basque, non à l’Occitan !

Le 18 février dernier, on discute des langues régionales au Conseil départemental de Pau. La délibération qui en ressort met en avant une vraie politique linguistique pour le basque, avec des objectifs clairs. Pour le béarnais/gascon/occitan (oui, 3 dénominations, on n’est jamais trop prudent), c’est une toute autre vision. Plus question de politique linguistique mais la collectivité territoriale met l’accent sur « le patrimoine festif, gastronomique, sportif et artistique ». Du coup, certaines associations et organismes qui œuvrent pour la langue et sa transmission voient leur subvention baisser considérablement…Quand elle n’est pas tout simplement supprimée ! D’où les actions menées devant le Conseil Départemental en fin de semaine dernière… Et sans doute encore bientôt si rien n’évolue !

Arrivée des élus vendredi 27 mai. Photo du Collectif

Arrivée des élus vendredi 27 mai. Photo du Collectif

Diminution drastique pour les principaux acteurs et organismes occitans

Mercredi dernier, le collectif « Toca-i Se Gausas » s’est constitué face aux craintes et menaces qui pèsent sur la politique linguistique occitane. Jeudi, une action a été entreprise devant le Conseil Départemental, réitérée vendredi matin. Finalement le budget a été voté vendredi. Si l’enveloppe globale reste sensiblement la même (935 000 €), la répartition révèle des mauvaises surprises. Pas de publication officielle de la part du Conseil Départemental mais des orientations signifiées aux différents acteurs.Nous nous sommes procurés ces chiffres qui, une fois encore, ne sont peut-être pas définitifs :

  • Le CAP’OC voit une baisse de 26% (-25 000 €),
  • Collectif Ça’i : -25.000 € (subvention supprimée !)
  • CAP’Òc : -25.000 €
  • Calandreta : -21 000 €
  • Ràdio País : -12.000€
  • CFPÒC : -6.700€
  • InÒc : -6.000€
  • Lo Congrès : -5.000€
  • Letras d’Òc : -3.000€
  • Hart Brut : -2.000€
  • FIMÒC : -1500€
  • ÒcBi : -1.400€

Voilà pour les baisses. Rien ne bouge pour le Carnaval Bearnés.

Pour les hausses :

  • Accents du Sud : +10.000€
  • Institut Béarnais Gascon : +10.000€
  • La Voix du Béarn : +6.500€
  • Ostau Bearnés : +4.000€
  • Conta’m : +500€

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Différence de traitement entre basque et occitan

Il faut préciser que ce département des Pyrénées-Atlantiques est celui qui, jusqu’à présent, mettait le plus de moyens pour ses langues régionales, en tous cas côté occitan. Le budget frôle les 1 million d’euros (935 000 €). Depuis 2005, cette politique linguistique fait l’objet d’un programme dénommé Iniciativa souvent envié par les autres départements occitans et qui se calque sur ce qui se faisait pour le basque. Seulement voilà, il y a cette guerre entre Béarnistes et Occitans et les majorités successives doivent composer avec, en penchant tantôt d’un côté tantôt de l’autre. Le « Délégué à la Culture, au Patrimoine et aux Langues béarnaise, gasconne et occitane » (re sic!) c’est Jacques Pédehontaa. Visiblement le maire de Laàs est plus proche des Béarnistes et sa vision de l’occitan va plus vers le folklore, les fêtes locales et tout ce qui est événementiel plutôt que vers une véritable politique de transmission. Plus concours de garbure que Institut Occitan. Ce qui n’est pas le cas encore une fois de la langue basque qui dispose d’objectifs clairs et précis en la matière. Avec un budget aux alentours de 955 000  pour l’Office Public pour la Langue Basque et l’Institut Culturel Basque qui redistribuent aux associations. En revanche, pas de subvention votée pour l’instant en direction de l’Office Public pour la Langue Occitane…

Le Béarn doit continuer à être cette terre pionnière et innovante dans la transmission et la socialisation de sa langue

C’est ce qu’ont écrit Charline Claveau-Abbadie (présidente de l’OPLO et conseillère régionale PS) et Marc Oxibar (conseiller régional Les Républicains) dans une tribune co-signée dans Sud-Ouest. Ils appellent Jean-Jacques Lasserre à revoir ses arbitrages, lui qui avait lancé la première convention IniciativaLe collectif « Toca-i Se Gausas » se réunira demain mercredi à l’Ostau Bearnés pour décider des actions qui seront menées pour obtenir gain de cause.

Lo Benaset

Photo du Collectif

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